6 septembre 2013

Alain GRAESEL (GLDF) : « Je ne suis pas d’accord avec Roger DACHEZ ».

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Interview d’Alain Graesel par Jean Laurent Turbet le 6 septembre 2013 à propos de la sortie du livre  » Les promesses de l’aube « .

Pour celles et ceux qui ne le connaîtraient pas, Alain GRAESEL a été initié en 1984 dans une loge de la Grande Loge de France. Il a été le Grand Maître de la Grande Loge de France de 2006 à 2009. Depuis juin 2010 il est président de la Confédération des Grandes Loges Unies d’Europe.

Inlassable défenseur du Rite Ecossais Ancien et Accepté, de la Maçonnerie de Tradition à vocation spirituelle, Alain GRAESEL continue de donner plusieurs conférences par an à travers toute la France qui attire toujours un public nombreux séduit par son indéniable talent d’orateur.

Pourtant Alain GRAESEL s’exprime peu. Je le remercie donc d’avoir bien voulu répondre à quelques questions que je lui ai posées. Il s’exprime ici évidemment en son nom personnel.

Question (Jean-Laurent Turbet) : Bonjour Alain GRAESEL. Avez-vous lu le livre de Michel Barat, Alain Bauer et Roger Dachez  » Les promesses de l’aube  » ?

Réponse (Alain Graesel) : Non j’ai lu l’article de l’Express ( » Bauer-Barat-Dachez lancent une bombe  » sur le site de François Koch de l’Express) et ses extraits et le texte de Roger Dachez sur son site.

Question : Qu’en pensez-vous ?

Alain Graesel : L’article d’abord. Vocabulaire dramatisant :  » bombe « ,  » complices « ,  » impérialisme autodestructeur « , etc… Exagéré mais ça fait vendre. L’article parle d’un  » trio de dignitaires complices « . Il y va fort. Il fait allusion à quoi ? Il se termine par une formule dans laquelle Michel Barat et Roger Dachez expliquent que la situation leur  » imposait d’écrire un pamphlet cousin  » de  » Indignez-vous « , le livre de Stéphane Hessel. Alors moi aussi je m’indigne, je plaisante bien sûr.

Question :  » Imposait « , c’est un impératif catégorique ?

Alain Graesel : Le titre renvoie au livre le  » Crépuscule des frères  » écrit par Alain Bauer qui disait déjà en 2005 à peu près les mêmes choses : déconnection entre sommet et base, pas de contenu, pas de débats d’idées, problèmes d’intendance, cordonnite, etc… Dommage que lorsqu’ils étaient en charge tous les trois ils n’en aient pas profité pour redynamiser tout ça …

Question : Que pensez-vous des extraits présentés, sur la cordonnite par exemple ?

Alain Graesel : Elle est présentée comme l’obsession monomaniaque des responsables d’obédiences qui seraient tous de grands malades…

Si la cordonnite c’est la volonté irrépressible de porter un cordon ou sautoir à franges on notera que les trois auteurs les ont eux-mêmes portés lors de leur grande maitrise, à moins qu’ils ne soient devenus Grands-Maîtres par hasard ce que je ne crois pas.

Question : Donc  » cordonnite = porter des cordons à franges  » ?

Alain Graesel : Non ça peut être une compréhension différente et une extension plus large.

On peut proposer  » cordonnite = se mettre en scène soi-même avec ou sans cordon à franges « . Et en extension ça irait jusqu’à l’obsession du quart d’heure de célébrité façon Andy Warhol.

Alain Bauer écrit dans un article paru en 2003 dans Point de Vue Initiatique (PVI), la revue de la Grande Loge de France, lorsqu’il était Grand-Maître du Grand Orient de France du GODF : la société contemporaine est une  » société du spectacle et des variétés, une société du paraître et de l’éphémère « .

Guy Debord avait vu venir le coup aussi avec sa  » Société du spectacle  » mais c’était déjà en 1968.

Je suis d’accord avec les auteurs de la bombe. Le spectacle est permanent et touche tout le monde, comme spectateur… et comme acteur. Et la volonté de mise en scène de nos ego démesurés me semble être une dimension définitive de cette cordonnite que les auteurs dénoncent. Eux n’en sont évidemment pas atteints.

Plotin dans un traité des Ennéades, avait lui aussi, vu arriver cette cordonnite. Mais il voulait en faire une vertu:  » Ne cesse pas de sculpter ta propre statue jusqu’à ce que l’éclat divin de la vertu se manifeste « .

Il était fort Plotin, il connaissait déjà les maçons..…

Question : Que pensez-vous du sous-titre  » Contre la guerre des obédiences  » ?

Alain Graesel : C’est un sous-titre qui se veut spectaculaire… les salons du livre approchent. Qui peut être pour la guerre ? Personne. Mais je pense qu’il n’y a pas de  » guerre « . Il y a une situation tendue mais en tout cas la Grande Loge de France n’est en guerre contre personne. Je n’ai jamais entendu le Grand-Maître de la GLDF, Marc Henry, agresser quiconque même si lui en a pris plein le  » sautoir à franges  » car en effet le Grand Orient de France ne fait de cadeau ni à la Grande Loge de France, ni à la Confédération Maçonnique de France (CMF). Expulsion en cours ou envisagée des locaux du GODF, insultes en tout genre…Un blog du GODF écrit que la GLDF fait  » la danse du ventre « , que la CMF est comme  » la bande des quatre « , formule qui sent bon le maoïsme de la Cause du peuple, en attendant d’être traitée de  » vipère lubrique  » de la régularité ? On y peut rien, c’est une question d’ADN, mais ça changera peut être avec le nouveau Grand-Maître du Grand Orient de France, Daniel Keller.

Question : Si ce n’est pas une guerre alors c’est quoi ?

Alain Graesel : C’est beaucoup plus soft… D’un côté la Grande Loge Nationale Française (GLNF) essaie de tourner la page Stifani.

Son Grand-Maître Jean-Pierre Servel, veut récupérer la reconnaissance de la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA). Qui peut le lui reprocher ?

De l’autre les quatre de la CMF discutent avec les cinq de Bâle pour tisser – ou retisser – des liens. Ça énerve la blogosphère micro-maçonnique.

Mais c’est la politique des obédiences et pas un état de guerre. Sauf à considérer que la politique serait la continuation de la guerre par d’autres moyens pour retourner la formule de Clausewitz.

Ce rapprochement des quatre avec cinq obédiences reconnues par la GLUA, les neuf pratiquant une maçonnerie référée à des fondamentaux traditionnels – Grand Architecte, Volume de la loi sacrée, etc… – peut énerver ceux qui veulent conserver une hégémonie dont ils expliquent qu’elle leur est conférée par l’histoire. Un autre impératif catégorique ? Mais  » impérialisme autodestructeur  » … c’est une blague ?

Question : Ça bouge dans les loges sur le sujet ?

Alain Graesel : Je ne le crois pas. Chez les frères et sœurs on n’observe pas un  » état de guerre « . Et quelles que soient les évolutions ils continueront – et je m’en réjouis – de se rencontrer, en loge ou hors des loges, en fonction de leurs rites, pour le plaisir de partager. Et c’est peut être aussi important, non ?

Alors  » bombe « ,  » guerre « ? Je crois que c’est surtout un titre choisi pour un lancement qui veut faire  » boum « .

Question : Parlant de la création de la  » Maçonnerie française  » qui avait été initiée par eux en 2002, les auteurs disent que  » tout a été déconstruit par la culture des ego « . Vous avez effectivement déconstruit la  » Maçonnerie française « . Vous sentez vous concerné ?

Alain Graesel : Je suis peut être visé, je l’ignore. Nous sommes nombreux à avoir un ego qui n’est pas forcément supérieur aux leurs…. Mais c’est un détail.

Mais en 2006 il est faux de dire que j’ai déconstruit la  » Maçonnerie française « , qui aurait été un édifice bien fragile. J’ai fait sortir la Grande Loge de France de cette structure et j’ai demandé au Grand-Maître du GODF de l’époque de procéder à la radiation de la marque  » Maçonnerie française  » de l’INPI, que le GODF avait, comme par hasard, déposée en son propre nom.

Il avait même été question que les éditions de la Grande Loge de France – comme PVI – passent sous le contrôle du GODF sous prétexte de d’optimisation des ressources. On croit rêver…

Si ce que je dis est faux voyons les témoignages…

J’ajoute qu’il y avait des divergences avec le Grand Orient de France sur le traitement en loge des questions politiques et religieuses. Tous ces points intéressent les frères de la Grande Loge de France autant que tout citoyen. Mais ce n’est pas dans notre culture d’en parler dans les loges.

Michel Barat lui-même avait été très clair là-dessus.

Et les frères de la Grande Loge de France, croyants ou non croyants – c’est mon cas – mais tous attachés à la laïcité et à la République qui est sauf erreur la propriété de tous, ont du mal avec le  » laïcardisme  » et le fameux  » à bas la calotte « .

Feu Bruno Etienne, avait en 2000 parlé  » d’intégristes de la laïcité  » au Grand Orient de France. Il le connaissait mieux que moi car il en était membre.

Question : Vous dites que vous n’êtes  » pas d’accord avec R. Dachez « . Pourquoi?

Alain Graesel : Oui, lorsque je regarde son site, plein de choses intéressantes par ailleurs, je lis :  » 2003  » l’année sans pareille « , où la Maçonnerie Française – structure immatérielle et nullement inféodée au GODF, comme le colportent encore, par ignorance ou malveillance, des thuriféraires du révisionnisme maçonnique – etc… « . ( » Les promesses de l’aube : un pamphlet ? « , sur le site Pierres Vivantes, de Roger Dachez).

Comme je suis de ceux, et loin d’être le seul, qui considèrent que la  » Maçonnerie française « , était en effet une structure non pas  » inféodée au GODF  » – ce qui aurait supposé une subordination juridique de la GLDF – mais en tout cas sous l’influence du Grand Orient de France qui gérait la politique de communication à son exclusif profit, je suis en bonne logique, un de ces  » thuriféraires du révisionnisme maçonnique  » selon le syllogisme implacable suivant :

1) Ceux qui disent que la  » Maçonnerie française « , était une structure de communication du GODF sont des thuriféraires ignorants ou malveillants du révisionnisme maçonnique.

2) Or certains ont dit cela et le disent encore.

3) Donc certains sont des thuriféraires ignorants ou malveillants (sans aucun doute les deux, c’est même sûr).

Comme je l’ai dit, et que je le maintiens, je suis sans doute un de ceux-là.

On peut s’interroger sur la pertinence des prémisses, mais ça ressemble à ça. J’ai connu Roger Dachez plus subtil. On a même passé des bons moments ensemble. Là il ne travaille plus avec un maillet mais un marteau pilon.

Question : Mais votre désaccord avec Roger Dachez sur le fond ?

Alain Graesel :

Point 1. Flash-back. Michel Barat, dans ses discours en 2001 / 2002, expliquait que la Grande Loge de France avait une origine commune avec le Grand Orient de France, les deux obédiences étant chacune héritière, de la Maçonnerie française  » depuis 1728  » insistait-il.

Il précisait aussi que le Grand Maître du Grand Orient de France, Alain Bauer, était capable  » d’une manière subtile de ne pas nier l’hégémonie de son Obédience  » (sic) tout en mettant ladite hégémonie en place avec intelligence. La formule est entortillée mais chacun comprend et les textes sont connus.

Michel Barat présentait aussi le GODF comme susceptible de se transformer en une  » courroie de transmission du pouvoir politique  » (sic) et il soulignait avec force qu’il fallait en France une Grande Loge de France, capable de faire publiquement face à cette maçonnerie politique (il désignait le GODF) et à une maçonnerie affairiste (il désignait la GLNF). Et à l’époque Michel Barat ne peut pas s’être trompé, même s’il a changé ensuite d’avis.

Point 2. Roger Dachez, après avoir été Président de la Loge Nationale Française (LNF) pendant cinq ans (1992 – 1997) est depuis une dizaine d’années Président de l’Institut maçonnique de France. Très beau parcours.

Il y a là un point capital rarement souligné. Je le fais.

Roger Dachez est un historien qui produit du savoir sur la maçonnerie. Mais il est aussi président d’un institut et ex-président d’une obédience. Rien de tout cela n’est incompatible mais on peut faire au moins deux remarques.

1) En tant qu’historien Roger Dachez n’est pas protégé des interprétations un peu  » orientées  » que chacun peut faire à partir d’un document original. Qu’on appelle ça biais cognitif, heuristique ou autre importe peu. C’est un biais. Et on sait par ailleurs que le savoir scientifique ou historique est beaucoup plus quelque chose qui se fabrique que quelque chose que l’on découvre, ce qui pose le problème des modèles que l’on utilise pour le faire. En recherche universitaire ce phénomène est identifié. Le problème de l’objectivité se pose.

2) De plus le président de l’IMF ne parle pas depuis un lieu éthéré ou céleste, miraculeusement protégé des enjeux de pouvoir et ça c’est un biais politique. Comme Francis Bacon l’a dit il y a quatre siècles : le savoir est au cœur des enjeux de pouvoir. Or l’IMF est un espace politique, en lien plus ou moins fort avec les obédiences qui le composent et donc non protégé des enjeux de pouvoir, ce qui peut induire une certaine confusion avec un travail d’historien. Le problème de l’objectivité se pose encore.

L’intégrité de Roger Dachez n’est pas en cause mais la situation est singulière. Et je dis que Roger Dachez n’est pas en mesure de dire de quelle manière il fallait, entre 2006 et 2009, orienter la politique de la GLDF, dont l’histoire, depuis la création du Grand Orient de France en 1773 (et non 1728….) est un chassé-croisé permanent entre deux structures dont l’une (le GODF) a toujours voulu absorber l’autre. Il y a des documents sur le sujet.

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Janvier 2008 lors du Colloque organisé par la GLDF sur le thème « Dialogue entre les religions et les spiritualités », avec le père Alain de la Morandais, Malek Chebel, Raphaël Liogier et Haïm Korsia notamment…

 Je résume.

Une obédience, ce n’est pas seulement une histoire et une série de faits. C’est aussi un esprit, une culture, une politique.

Initié en 1984, je pense connaitre un peu l’esprit de la Grande Loge de France.

Et les frères de la Grande Loge de France savent mieux que quiconque la manière dont les évènements y sont vécus, même s’ils ne sont pas d’éminents historiens. De même Roger Dachez connait mieux que quiconque l’esprit, la culture, la politique de la Loge Nationale Française.

Tout comme il connait le caractère hégémonique du Grand Orient de France qui s’est opposé depuis sa naissance en 1773 aux maçons écossais apparus en France dans les années 1750. C’est connu de tous les maçons, frères et sœurs j’ai écrit il y a quelques tempe déjà un article sur la question :  » Le Rite Ecossais Ancien et Accepté et le Grand Orient de France du 18ème siècle à nos jours « .

Ce caractère hégémonique était en 2006 perçu de manière si aiguë que lorsque j’ai fait sortir la Grande Loge de France de la  » Maçonnerie Française « , des frère m’ont accueilli dans des loges par des applaudissements pour l’avoir fait. Mais c’étaient forcément des  » thuriféraires  » etc.

Faire de recherches historiques est une chose, honorable, nécessaire, indispensable. Présider une obédience en est une autre.

On n’est pas alors dans l’histoire maçonnique mais dans la politique d’une structure qui certes a une histoire, mais qui bâtit son avenir. Et les maçons élisent un Président pour qu’il donne du sens au présent et au futur. Des frères du Grand Orient de France ont vitupéré mon action. Je leur précise que j’ai été élu par les députés de la Grande Loge de France et non par eux.

Et je ne vois donc pas non plus en quoi Roger Dachez pourrait taxer de  » thuriféraires révisionnistes  » ceux qui ont pris la décision de sortir la Grande Loge de France de la  » Maçonnerie Française « . Ses invectives ne viennent pas d’un espace éthéré à l’abri des enjeux de pouvoir.

Si la LNF est encore dans la  » Maçonnerie Française  » version 2013, c’est certainement qu’elle estime la chose nécessaire. Et Roger Dachez, ex -président et toujours Grand Chancelier de la LNF, ne peut donc pas se déjuger. Je n’ai pas moi à en juger.

Mais ça ne lui donne aucun droit d’invectiver les frères de la Grande Loge de France. Ce serait bien qu’on les laisse vivre leur vie comme ils l’entendent.

La Grande Loge de France n’a de leçons à donner à personne. Elle ne veut pas non plus en prendre, ni sur la joue droite … ni sur la gauche. Les frères de la Grande Loge de France n’ont besoin ni de maîtres penseurs ni de maîtres censeurs.

Et le révisionnisme, en histoire, on sait ce que ça donne. Or si Roger Dachez utilise le terme, alors qu’il est réputé peser chacun de ses mots au trébuchet – si je puis dire – ce n’est certainement pas l’effet du hasard.

Je m’interroge donc sur ce qu’il peut y avoir derrière une telle insulte de la part d’un Frère d’habitude si pondéré. Une énigme maçonnique de plus…

Diplôme de Maître maçon

Diplôme de Maitre maçon, 18e siècle

Musée Archives Bibliothèque de la Grande Loge de France

Question : Que pensez-vous du Manifeste du Grand Orient de France paru en mai dernier ?

Alain Graesel : Il sent bon le matérialisme anarcho syndicaliste des années 1960. Mais je n’ai pas de leçon à donner aux auteurs. Alain Bauer le ramène au léninisme. Je suis moins dur que lui. Mais il connait le GODF mieux que moi.

Question : Et le futur de la maçonnerie française ?

Alain Graesel : Je préfère dire de  » la maçonnerie en France « , car elle n’est pas un corps homogène au contraire de ce que la formule suggère.

Ça va continuer de bouger c’est évident mais nous ne verrons pas l’explosion que les auteurs de la bombe appellent de leurs vœux.

Du côté de la Grande Loge de France et de la Confédération Maçonnique de France, il faudra apprendre à fonctionner ensemble et avec les cinq de Bâle. Et personne ne sait – sauf les malins des blogs – ce que cela donnera.

Le Grand-Maître de la Grande Loge de France, Marc Henry, a répété maintes fois que les principes de la Grande Loge de France seraient respectés et qu’il ne romprait pas de relations avec les obédiences françaises. Cela devrait rassurer ceux qui se sont découvert récemment un amour immodéré pour la Grande Loge de France… La Confédération Maçonnique de France ferait un ensemble attaché aux valeurs de la maçonnerie de tradition.

Question : Et dans les autres obédiences ?

Alain Graesel : Côté GLNF la chaudière tourne à fond pour récupérer la reconnaissance anglaise. Wait and see…

Côté Grand Orient de France, un nouveau Grand Maitre, Daniel Keller, arrive qui semble avoir une vision moins agressive que ses prédécesseurs et qui ne veut plus être un GODF  » corps intermédiaire de la République « . Il veut faire bouger sa Maison. Il va se heurter à des baronnies comme partout. Il lui faudra du courage et de la chance.

Au GODF les sœurs se poseront rapidement la question de leur représentativité au sein du Conseil de l’ordre. Une sœur députée pourra-t-elle devenir Conseillère de l’ordre ? Si oui, alors une Grande Maitresse du GODF un jour ?

Ou une évolution par type ? Un GODF qui rassemblerait les loges masculines dont certaines ne veulent pas entendre parler de mixité ni recevoir des sœurs. Un Grand Orient Féminin de France qui résulterait de la montée en puissance des sœurs dans l’obédience. Et un Grand Orient Mixte de France qui réunirait toutes les loges mixtes du GODF et peut être celles de la GLMF et de la GLMU qui sont des émanations directes ou indirectes de l’obédience mère et qui vont peut-être se trouver confrontées à des questions de recrutement.

Le tout supervisé par une structure pour coiffer le tout sous la bannière GODF. Ce sont des hypothèses. Il y en a d’autres.

La Grande Loge Féminine de France serait évidemment touchée par la création d’un GO Féminin de France. Chacun sait qu’elle gère déjà des équilibres parfois délicats entre Rite Ecossais Ancien et Accepté et Rite Français.

On peut souligner d’ailleurs ici que si la Grande Loge Féminine de France a reçu la patente du Rite français du GODF, c’est de la Grande Loge de France qu’elle a reçu la patente du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

Quant à la Fédération Française du Droit Humain, ordre mixte le plus ancien, il devra faire face à une situation plus turbulente que celle d’aujourd’hui où sa position de leader est encore incontestable.

Les obédiences de taille moins importante devront s’adapter.

En bref comme disait un grand philosophe :  » La seule chose qui ne change pas, c’est que tout change en permanence « .

Voilà.

Il y aura peut-être deux grands pôles.

L’un référé à une pratique traditionnelle de la maçonnerie : Grand Architecte, Volume de la loi sacrée, ni politique ni religion, non mixité, etc..

Et l’autre référé à une maçonnerie qui restera sans doute marquée par une sensibilité socio politique et qui travaillera d’une façon moins traditionnelle.

Et quant à moi, je resterai attaché à la Grande Loge de France que nous l’avons héritée de Michel Dumesnil de Gramont, Pierre Simon, Henri Tort Nouguès, Georges Marcou et bien d’autres.

Eux qui nous ont appris que les loges de la Grande Loge de France ne sont pas des repaires de libres penseurs mais des espaces pour apprendre à penser en liberté, en refusant de se figer dans les dogmes de toute nature qu’ils soient religieux, idéologiques ou politiques.

Des espaces de pensée libre, ordonnée à des valeurs, où l’on apprend, par la pédagogie maçonnique, à croiser les intelligences et les sensibilités pour entrer dans la dimension non seulement humaniste mais aussi spirituelle des êtres humains.

 » La spiritualité, cette billevesée  » me disait la semaine dernière le frère d’une obédience amie. C’est son avis. Pas le mien.

Jean-Laurent Turbet : Merci Alain GRAESEL de bien avoir voulu répondre à ces quelques questions et par vos réponses, éclairer un peu le présent et l’avenir du paysage maçonnique de France.

Alain Graesel
 » La Grande Loge de France « 
Presses Universitaires de France
Collection  » Que-sais-je ? « , 2e édition 2010